Union africaine et BRICS : intérêts mutuels et valeurs communes — Daria Zelenova, Tamara Andreeva

Journal:⠀International Organisations Research (vol. 20, no 3, pp. 84-98)
URL: https://iorj.hse.ru/2025-20-3/1089709418.html
DOI: 10.17323/1996-7845-2025-02-05

Depuis 2024, deux nouveaux États africains — l’Éthiopie et l’Égypte — ont rejoint les BRICS, marquant ainsi le début d’une nouvelle étape dans le développement du volet africain de l’organisation. L’élargissement de la présence africaine témoigne de l’attachement des BRICS au dialogue traditionnel Sud-Sud, mais révèle également des évolutions manifestes vers un monde polycentrique, dans lequel l’Afrique devient progressivement un acteur autonome des relations internationales. Dans le même temps, la représentation du continent au sein des BRICS demeure disproportionnée, aucun État d’Afrique de l’Ouest ou d’Afrique centrale n’étant jusqu’à présent membre à part entière de l’organisation.

Le présent article examine le processus de transformation du volet africain des BRICS, depuis les formats outreach et BRICS+ jusqu’à une représentation partielle du continent au niveau sous-régional, en tenant compte de l’élargissement de 2024. Il avance également l’hypothèse selon laquelle le caractère non formalisé de l’organisation, longtemps attractif en raison du format particulier de dialogue propre aux BRICS, ne pourra pas satisfaire la demande croissante d’intégration de nouveaux acteurs. Plus le nombre d’États rejoignant l’organisation augmentera, plus celle-ci sera confrontée à un alourdissement de ses procédures et de sa structure organisationnelle. Le continent africain compte 54 États membres de l’ONU, et l’adhésion de chacun d’entre eux paraît difficilement envisageable. La dernière vague d’élargissement de l’organisation en 2025, grâce à l’introduction d’une nouvelle catégorie de «pays partenaire», ne permet toujours pas d’assurer une représentation équitable de l’Afrique au sein des BRICS, malgré l’inclusion du Nigéria et de l’Ouganda à ce titre. Dans ce contexte, l’étude des perspectives de développement du vecteur africain des BRICS et la recherche de nouveaux formats de coopération supranationaux demeurent particulièrement pertinentes.

L’article aborde la question de l’intégration future du continent africain aux BRICS, notamment celle de savoir dans quelle mesure un élargissement potentiel pourrait remettre en question le format de dialogue établi et l’absence de surcharge institutionnelle, qui constituent deux facteurs importants du succès des BRICS. Les auteurs analysent les perspectives d’une invitation de l’Union africaine (UA) en tant que représentante de l’ensemble du continent, comme moyen de répondre à cette problématique. Sur la base d’une analyse des principaux documents de l’UA et des BRICS, ils examinent la proximité entre les deux organisations, tant sur le plan politico-idéologique, en lien avec ce que l’on appelle «l’esprit des BRICS», que sur le plan pratique, à travers la convergence des agendas et des projets. L’article analyse également l’architecture interne de l’UA et des BRICS, ce qui permet d’identifier les obstacles et difficultés susceptibles d’entraver l’intégration des deux organisations.