Journal: Contemporary World Economy Vol 2 No 2 (2024), pp. 92-117
Lien: https://cwejournal.hse.ru/article/view/21524
DOI: https://doi.org/10.17323/2949-5776-2024-2-2-92-117
Pour répondre aux objectifs de développement économique, l’Égypte n’a pas recours pour la première fois à la réalisation de projets d’envergure et à l’attraction de financements étrangers. Au XIXe siècle, le canal de Suez a constitué un tel projet; au XXe siècle, ce fut le haut barrage d’Assouan. À chaque fois, l’Égypte a dû payer un prix élevé pour ces initiatives.
Au XXIe siècle, l’Égypte est confrontée à de nombreux problèmes économiques: surpopulation, pénurie alimentaire, chômage, surcharge du système énergétique, inflation et dévaluation de la monnaie nationale, déficit budgétaire, entre autres. Le modèle centralisé de gouvernance du pays a de nouveau conduit l’Égypte à miser sur des mégaprojets et l’a une fois encore contrainte à se tourner vers d’autres États pour obtenir des ressources. Toutefois, cette fois-ci, l’Égypte fait preuve de prudence et cherche à diversifier les investissements étrangers. Dans une certaine mesure, son adhésion aux BRICS peut être considérée comme une manifestation de cette prudence.
L’étude distingue trois groupes de pays et examine leur contribution aux mégaprojets actuellement mis en œuvre en Égypte. Sur la base de cette analyse, les auteurs concluent que les pays de l’OCDE et les BRICS-5 participent à ces projets à la fois en tant qu’investisseurs et en tant que contractants, tandis que les pays du Conseil de coopération du Golfe interviennent presque toujours comme investisseurs. Dans le même temps, les BRICS-5 et les pays du Conseil de coopération du Golfe sont généralement représentés par des sociétés publiques et des fonds souverains, alors que les pays de l’OCDE sont plus souvent représentés par des entreprises privées. Ce constat souligne l’importance des BRICS comme plateforme de négociations interétatiques permettant à l’Égypte d’élargir sa coopération avec les États membres de cette organisation. Néanmoins, dans le choix de ses partenaires, l’Égypte est guidée davantage par des considérations économiques que politiques, souhaitant préserver sa neutralité dans la politique mondiale et éviter de tomber dans la dépendance à l’égard d’un quelconque bloc politique. L’avenir économique du pays demeure incertain ; c’est pourquoi le maintien de son indépendance financière et politique représentera un défi majeur pour l’Égypte.
